Le cinema de la Guadeloupe
02/11/2005 | © invarance noire
C’est d’abord en qualité de sujet que la Guadeloupe est entrée dans le cinéma au vingtième siècle. Images d¹arrivées de paquebots (la Motte - Piquet), cérémonies de passation de pouvoir entre gouverneurs, images ethnologiques sur le carnaval, les sorties familiales du dimanche.
Les acteurs guadeloupéens ont eux, dès le début du cinéma commercial tenté d¹imposer leur présence dans les films hexagonaux. Darling Légitimus a à plusieurs reprises tenu des rôles importants dans des films comme Les sorcières de Salem. La famille des acteurs guadeloupéens n’a pas cessé de s’enrichir et aujourd¹hui la Guadeloupe compte quelques uns des plus grands noms du paysage audiovisuel français comme Théo et Pascal Légitimus, Jacques Martial, Greg Germain.
C’est à une femme que nous devons les premières images faites de l’intérieur. Armelle Vertinot-Albert, scénariste, réalisatrice, monteuse, projectionniste a, pendant des années mis la Guadeloupe en boîte en format super 8 mm. Son cinéma. qu’on pourrait qualifier d¹ethnographique est à redécouvrir.
Le cinéma guadeloupéen commercial voit timidement le jour en 1968 avec Lorsque l’herbe de Christian Lara et Chronique d¹un retour de Jacques Ferly. Comme la plupart des cinématographies du sud, c’est dans l¹immigration qu’il naît. Après ces débuts prometteurs, il faudra attendre 1978 pour saluer en Coco la fleur candidat de Christian Lara le premier long-métrage guadeloupéen.
La Guadeloupe est de tous les territoires et départements d’outre-mer celui qui possède la plus grande vitrine cinématographique. avec une quinzaine de long-métrages fiction ou documentaire et une vingtaine de courts-métrages - Mamito, et vint la vipère, Antilles sur seine, Têt’ Gréné, tambour au loin joli son, Chronique du coeur, Marseille Kréol, Vivre libre ou mourir... Elle peut aussi s’enorgueillir de compter parmi ses fils un nombre de réalisateurs reconnus au niveau international comme Christiane Succab-Goldman, Sarah Maldoror, Christian Grandman,Christian Lara, Jacques Ferly, Jean-Claude Flamant, Tony Coco Viloin, Pascal Légitimus, Brice Stone, pour citer ceux qui travaillent sur support film.
En 2003, cinq long-métrages ont été réalisés par des guadeloupéens et Pascal Légitimus occupe une place incontestable à la télévision en initiant des séries (crimes en série) mais également des téléfilms (Georges). Pourtant, c’est la Région outre-mer la plus à la traîne en ce qui concerne l’organisation de son cinéma
Actuellement en Guadeloupe il n’y a aucune entreprise de production susceptible de mener à bien la réalisation d’un film de long-métrage.
Au niveau du CNC, une seule société est répertoriée, mais n’a aucun catalogue. Il faut dire à décharge partielle que la continuité territoriale ne s’applique pas pour la distribution des films dans les DOM, privant ainsi le cinéma guadeloupéen d’une aide appréciable pour la production.
En dehors de la non-perception de la Taxe Spéciale (Somme reversée au CNC sur chaque billet vendu dans les salles de cinéma. Cet argent collecté permet de financer les films), d’autres difficultés viennent freiner le développement normal du cinéma en Guadeloupe. La non mise en place d’option obligatoire cinéma dans les lycées handicape les jeunes qui souhaitent s¹orienter vers les métiers de l’audiovisuel.
L’absence de structure régulant les tournages a comme conséquence l’inexistence de gestion des tournages de films non guadeloupéens sur place. En conséquence, l’encadrement des jeunes est aléatoire, privant la nouvelle génération désireuse de rester travailler sur place d’une ouverture sur le monde du cinéma par ce biais et surtout de formation réelle lors des tournages, profitable pour une actualisation des connaissances.
Aucune structure efficace, mais une émulation de tous les instants. La remise en cause du monopole Elizé par un groupe d’exploitants de salles avec à leur tête Rosan Calvados Directeur du ciné théâtre du Lamentin a provoqué l’émergence d’un réseau de salles dites indépendantes qui regroupe sept salles et permet une distribution indépendante. Les réalisateurs et techniciens ont, de leur côté en 2001 créé un Collectif de Cinéastes et de Professionnels de l’Audiovisuel en Guadeloupe- CCPAG- Il regroupe actuellement une quinzaine de membres. Cet organe de réflexion a comme objectif la contribution au renouvellement de la création audiovisuelle en Guadeloupe. Il a d’ailleurs créé une charte des réalisateurs. A la demande de l’Agence Départementale de l’insertion, une plate-forme Chantier école a été mis en place pour assurer des cycles de formation aux métiers de l’audiovisuel aux jeunes en difficultés ou non . Un certain nombre de ces jeunes ont participé aux tournages Jean-Claude Flamand et Tony Coco-Viloin. Le Fonds d’aide au cinéma d¹outre-mer a, jusqu’à présent permis à deux projets guadeloupéens d¹atteindre une phase de concrétisation.
La région, quant à elle vient de créer en partenariat avec le CNC une commission du film. Le département a lui, choisi de privilégier les courts-métrages et les documentaires. Il reste à la Guadeloupe de se doter d’un véritable Centre Régional du cinéma pour aussi bien gérer les tournages en Guadeloupe et des guadeloupéens.